Allons enfants …

Intervention d’art in situ à Montaigu (France, Jura)

Vous cherchez « Allons enfants », Madame, Monsieur. Vous ne le trouverez point. Je le garde pour moi. J’écris sur le trottoir les propos belliqueux et militaires. Je garde pour moi les douceurs imprévisibles que comporte malgré tout La Marseillaise.

Sur le trottoir, je laisse « mugir ces féroces soldats », et je garde pour moi « ils viennent jusque dans vos bras. Je laisse « égorger vos fils », mais je garde « vos compagnes », etc.

À l’époque de l’Europe et de la fraternité entre les peuples, je viens à Montaigu le 14 juillet 2001, poser une interrogation sur l’hymne national de la troisième puissance nucléaire mondiale, en tout respect pour cet objet écrit en une nuit lors de temps troublés. Ce texte dont tout le monde –au moins en France- a appris le premier couplet par cœur à l’école, et dont on nous donne le chant pour toute manifestation officielle ou sportive, prend en 2001 un tour paranoïaque. Il était temps d’en rappeler le contenu.

Pourquoi à Montaigu ? Parce que Montaigu s’enorgueillit à raison d’avoir accueilli Rouget De Lisle de 52 à 57 ans, alors que la notion de droits d’auteurs n’était pas encore inventée et qu’il avait dû trouver refuge dans une demeure familiale.

Je peins sur la bordure verticale du trottoir les lettres en trois couleurs, en changeant de couleur tous les dix signes ou espaces. Ces trois couleurs sont complémentaires de bleu blanc rouge. Il s’agit de vert, noir et orange. Si vous les fixez suffisamment longtemps, puis que vous fermez les yeux, vous avez le drapeau français.

Permettez-moi de partager avec vous ce que, de La Marseillaise, j’ai gardé pour moi et pour vous :

« Allons enfants »

« Le jour de gloire est arrivé »

« Entendez-vous dans les campagnes »

« Ils viennent jusque dans vos bras »

« vos compagnes »

« Marchons, marchons »

« Abreuve nos sillons »

« Quels transports il doit exciter »

« nos jeunes héros »

« La terre en produit de nouveaux »

« Français, en guerriers magnanimes »

« Epargnez ces tristes victimes »

« Nous entrerons dans la carrière »

« Nous aurons le sublime orgueil »

« Amour sacré »

« Liberté, liberté chérie »

« Accoure à tes mâles accents »

« Voient ton triomphe et notre gloire »

Montaigu – juillet 2001

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